Les Barbus

 

Baba-Monk

Baba Monk : C’est un mystique perché, une sorte d’illuminé que l’on ne peut rattacher à aucune des croyances communes. Après avoir étudié (très sommairement) « les avantages et inconvénients » de la chrétienté (et de ses différentes branches), de l’Islam, de la pensée juive, du bouddhisme, de l’indouisme, du chamanisme, des témoins de jéhovah et des sectes de tout poil il est parvenu à la conclusion qu’aucune ne lui correspondait. Il a donc créé son propre pot-pourri céleste et a pour but secret et ultime de propager sa doctrine à travers le monde. Son baptême par immersion à l’âge de 3 ans, exécuté par son père alcoolique et de confession baptiste dans la baignoire familial, aurait mal tourné. Il frôla la noyade et depuis, il nourrit une phobie des baignoires et plus généralement des étendues d’eau. A 13 ans il effectue son premier pèlerinage et pars seul à pied pour le mont St Michel à 300 km. Il passe une première nuit dans un fossé et à l’aube, tiraillé par la fin, il ingère quelques champignons qu’il pense comestible. Il finit la journée à l’hôpital dans un état de transe où il aura sa première révélation. Il pratique la méditation sur du Sepultura et ne tue pas les insectes car « ce moustique est peut-être le prochain Jimmy Hendrix ». En quête perpétuelle il peut chercher des réponses en parlant à un cactus ou un chien et quand « sa mystique est très puissante » il peut entrer en communion ou lire les pensées d’un grille-pain. C’est un pacifiste convaincu sujet à de graves crises de violences. Devant deux chats qui se battaient dans la rue il leur cria « mais non, non.. Dieu est amour ! Enculés !! » avant de leur balancer une boîte de conserve. Il s’entraine fréquemment à la télékinésie et à la lévitation. En tant que père fondateur de son ordre (dont il est le seul membre) il porte les attributs de grand prêtre : des lunettes de soudeur et un collier de dents de chien.

El-Liberator

 

El Liberator : Après avoir maté, avec pour seul repas un space cake géant, la trilogie des Jason Bourne, il est convaincu être le détenteur d’informations tellement top secrètes que lui-même en a oublié la teneur, et espère obtenir un asile politique aux Seychelles et un bon illimité pour se gratter des Margarita sur la plage. Persuadé d’être sur écoute par le nouvel ordre mondial, la nsa, le fbi, le fsb et son banquier, il se connecte à internet via 10 proxy différents, n’utilise que Thor pour surfer, pique le portable de sa voisine pour téléphoner, utilise de l’alu en guise de papier peint pour brouiller les signaux électromagnétiques et entraîne un pigeon pour délivrer ses messages en dernier recours. Paranoïaque schizophrénique jusqu’au bout des ongles, il soutient mordicus à qui veut l’entendre que sa tête est mise à prix : il ne mange, ne boit ou ne fume que ce qu’il a vu préparer ; Obligé de grailler au kfc, il fait un assaut sauvage dans les cuisines, découpant minutieusement les panures en invectivant les cuistots pour y découvrir des traces de cyanure. Il se retrouve alors le premier client blacklisté dans tous les fastfoods de France et de Navarre. Face à ces menaces pesantes, il s’exile dans son studio de 9m² et suit un entraînement intensif de mixed martial art pendant près de 3 jours. Après s’être fait dégommé par sa petite nièce de 10 ans, il tente par tous les moyens de joindre Chuck Norris afin que celui-ci devienne son sensei. Doté d’une force digne d’un lombric déshydraté, il est le seul à être convaincu d’être la réincarnation d’un maître Jedi. Défenseur de la veuve et l’orphelin surtout si il peut en gratter quelque chose, militant de la dernière heure, théoricien du complot, il confond capitaux et capitons, libéral et libertin, dictature et didactique, sa vision du monde vacille dans un maelström d’approximations dont seul lui –et encore- détient la clé de compréhension. Après une cavale au Havre en passant par la Meuse, il revient se planquer chez son pote Baba Monk soigner sa paranoïa et son égo démesuré. Pour préserver son anonymat, il porte une cagoule et le chapeau de Crocodile Dundee, son idole après Alyzée (son secret le mieux gardé). El Liberator est prêt à se battre, surtout pour sa gueule, mais prêt quand même.

Beer-Carson

Beer Carson : Vous n’avez jamais entendu parler de Beer Carson ? C’est normal, à moins de répondre au nom de Jaipal ou Saleem et de tenir une modeste épicerie de nuit du côté de la porte d’Aubervilliers. Dans ce cas, le visage de votre interlocuteur s’illuminera comme celui d’une pucelle devant le torse lustré de Justin Bieber quand vous prononcerez ce nom. Là, après avoir baragouiné un anglais approximatif, vous aurez l’impression de toucher au but quand Rahul, de service ce soir-là, vous gueulera avec sa voix désagréablement aigue et son accent indie à couper au couteau « Biirr Carson, yeh ! The Chosen One ! The big man who drinke all my beeerrs and read the past into the bottllle… Yeh very famous here, I know him, he’s the Chooosen One. He’s very very powerfull… and very clevaiiiir».
Beer Carson est né « ivre de joie » un soir d’été et n’a jamais vraiment cherché à dessouler depuis. Tombé dès son plus âge dans le monde des Arts et les affres du delirium tremens et de la mégalomanie, Beer rêve très tôt de casser la baraque. Après une brève période catatonique au cours de laquelle il découvre en simultanée l’oeuvre intégrale de Joe Dassin et de Slayer, il passe finalement à l’acte avec des explosifs de sa propre fabrication, plongeant sa famille dans un certain désarroi.
Toujours obsédé par son désir de déplacer des montagnes et de vivre plus intensément, sa mère s’inquiète : « Commence par virer ton gros cul de ce canapé et passes-moi la télécommande ! Et pendant que tu y es, vas me chercher un cône glacé au congélo et profites-en aussi pour me dégager tous ces mouchoirs qui empestent sous l’armoire de ta chambre…»
Acculé, le jeune Beer Carson, incompris des communs des mortels et portant son génie hélas encore non révélé comme un fardeau, part seul conquérir le monde… et plus précisément le sous-continent indien, les bar de Lagos, Berlin Est et le Franprix de la rue de Ménilmontant. Doté d’un esprit plus fou que furieux, plus frappé que frappeur, plus aviné qu’aiguisé, Beer piétine. Censuré dans plusieurs pays et parfois même privé de dessert, son oeuvre gonzo et transcendantale ne devient pas culte pour autant et disparait dans l’indifférence générale. A l’heure qu’il est, nous ignorons d’ailleurs toujours tout de la teneur et de l’ampleur de cette œuvre au point de douter parfois de sa simple existence.
En attendant, Beer fait ses armes, s’adonne aux joies du rock’n’roll, du jazz, du combat de rue, des drogues synthétiques et de la vente d’organe… C’est d’ailleurs après avoir vendu son rein gauche que Beer a ses premières hallucinations. Beer allume la lumière et voyage dans le temps. La musique, moteur increvable de la vie et de la beauté, le guide. Il goûte alors au New-York effervescent de l’âge d‘or du Jazz, aux fêtes débridées des seventies californiennes et aux rituels vaudous de l’Afrique noire du 17e siècle… entre autres.
De retour dans la réalité, Beer se dégrise vite en découvrant la vacuité et la laideur de ce qui nous entoure maintenant. Il trouve aussi porte close au HLM familial. Il apprend de ses voisins que ses parents se sont enfuis en prenant soin de ne laisser ni trace ni adresse. Qu’importe là encore, Beer Carson boit du matin au soir et trouve son petit Xanadu le long du périphérique extérieur au niveau de la porte d’Aubervilliers. Très vite, Beer sympathise avec ses voisins roumains et africains avec lesquels il partage une passion immodérée pour la musique, le vin bon marché, le dialogue de sourd et la confusion mentale.
C’est un de ces soirs où l’alcool réchauffe les cœurs que Baba Monk lui apparaît derrière un buisson ardent couvert de merde de pigeons consacrés. Baba Monk invoquant les esprits slameurs et demandant à Beer de le rejoindre en haut de la butte sur le parking du Leader Price. C’est là que Baba tend à Beer le disque sacré de money Jungle, s’ensuit ce dialogue gravé dorénavant à jamais dans la mémoire collective :

– Ceci sera notre sang, Beer !
– Ouais Duke, Max et Charlie, c’était la classe mec, euh Baba… mais je suis passé sur autre chose depuis. En fait, j’ai découvert tout un tas de trucs horribles depuis, tu sais ? Et tout ce que je peux te dire, c’est que ce qui est en train de se tramer et bien c’est pas jojo, et ça fout même un peu les jetons.

Et Beer « Mouise » Carson de raconter à Baba Monk l’expérience de ce jour maudit, le jour où Beer refusa l’ivresse pour voir la réalité bien en face. Le jour où il décida d’observer les hommes sans filtre éthylique. Le jour où la vérité apparait tout entière à Beer dans cet Hypermarché de malheur où le tube baptisé « Jamais» de Gradur vient violenter ses tympans à jamais comme une terrible sonde anale, celui-ci bientôt suivi d’autres disques d’or et de platine du même accabi, tous plébiscités par une humanité égarée. Ainsi ces sorciers auraient le don de transformer leur propre merde en royalties, pense Beer. Il n’en dort plus et passe la plus grande partie de ses jours et de ses nuits à réfléchir à cet alambic, fruit de Satan. Si je disposais de ce même pouvoir alors… ! Baba l’écoute posément et ils boivent toute la nuit, errant dans la ville, épongeant des litres et des litres de vinasse et retrouvant goût à la vie en se rémemorrant les plus grands crus de l’histoire de la musique : Jazz, Rock, Hip-hop, Biguine, Soul et j’en passe… De quoi retrouver la foi et garder l’espoir intact.
Dans l’euphorie, Baba profondément touché par la détresse de Beer lui ouvre son cœur ainsi que la porte au fond à gauche et lui donne même dans un accès de joie démente les codes d’utilisateur du Barbushow.
Et Baba de finir en beauté sur cette sentence historique avant de disparaître dans un nuage de pluie acide:

– Je t’ai écouté Beer. Et je t’ai entendu. Retiens maintenant cette unique chose :
Qu’importe le son pourvu que l’on soit sonné

Il existe d’autres versions un brin moins flatteuses semant le doute sur la « qualité » de la rencontre entre Baba Monk et Beer Carson. La plus répandue d’entre elles dépeignant Beer Carson comme un voleur de poule profitant d’une absence momentanée de l’esprit de Baba Monk de son enveloppe corporelle suite à l’absorption prolongée d’une énorme quantité d’eau de Seltz pour s’emparer de la clé de la porte au fond gauche tout comme des codes d’accès du barbushow. Il va s’en dire que cette version alternative ne trouve ses fondements que dans les méandres de ce capharnaümm d’égos froissés que constitue l’internet. L’avenir seul sera juge.